back on the road for 2019  (the English version is down below)

J’ai pu me rendre ce dimanche au concert de Willem Jansen alors qu’il me semblait encore récemment qu’il faudrait y renoncer.  Mais les consignes très strictes reçues lors de ma sortie d’hôpital il y a exactement une semaine m’imposent de garder mes distances et d’éviter les foules, et c’est pourquoi je me suis « cachée » au fond de l’église, bien loin de ma place habituelle en face de l’orgue (dans le  transept très peu profond).  Et je vais donc pouvoir vous donner un bon conseil :    à Charolles, mieux vaut éviter le bas-côté gauche où on perd les fréquences aiguës (et donc les « consonnes » du « discours » musical).  Par contre, depuis le milieu de la nef, tout va bien !

l'Orgue de Charolles, concert d'ouverture le dimanche 28 avril 2019.  Willem Jansen est arrivé dès le vendredi afin de faire le tour des multiples possibilités de l'orgue.

Mais vous voulez mes impressions du concert de Willem Jansen, « Jean-Sébastien Bach en dialogue avec ses collègues français ».  Dès sa jeunesse, Bach aimait la musique française.  Une anecdote bien connue et qui illustre l’avidité du jeune Bach de connaître les maîtres de son époque, raconte que, recueilli à l’âge de 10 ans à la mort de ses parents par son frère Johann Christoph (de 14 ans son aîné, et aux principes éducatifs apparemment très stricts !) il en fut réduit à se lever la nuit pour accéder à une partition interdite afin de la recopier (la pratique usuelle à une époque où peu de musique était éditée).  Il lui aurait fallu six mois …

Willem Jansen, célèbre comme professeur autant que comme interprète, avait un programme en vis-à-vis :  tout d’abord des Fantaisies d’Eustache Du Caurroy (sur « Une jeune Fillette ») et des pièces de Bach sur le même thème (devenu la mélodie de cantique luthérien « Von Gott will ich nicht lassen »).  Ensuite, un parcours « en ping-pong », selon l’heureuse expression utilisée par le titulaire Guillaume Prieur dans sa brève introduction, entre Nicolas de Grigny et Bach.  Ce choix, entièrement dépourvu d’effets faciles, était non seulement admirablement adapté à l’orgue de Charolles, mais également une belle invitation (et un compliment !) adressée aux mélomanes charolais.

Démarrer la soirée avec, tout simplement, le (très poétique) Bourdon 8 + Tremblant, c’était également faire preuve d’une grande modestie.  Progressivement, la registration s’enrichissait …

Certains auraient-ils préféré le type de programme souvent proposé par des concertistes ?  un recours fréquent à des effets de virtuosité « accrocheurs », à des registrations puissantes …  Personnellement, j’ai été profondément touchée par cette approche réellement modeste de Willem Jansen.  Certes, la virtuosité était bien là (entre autres, certaines pièces de Grigny) mais « invisible » …  une utilisation des plus modérées du Plein Jeu et du Grand Jeu …  Une belle leçon pour ceux qui seraient tentés d’utiliser la musique pour impressionner !

Maintenant que nous avons redémarré, nous attendons avec plaisir notre prochain événement (le 12 mai – Journée nationale de l’Orgue – à 17h00) :  Guillaume Prieur jouera et présentera « le répertoire de l’orgue de Charolles ».  Titelouze et d’autres compositeurs bien sûr, mais « pas que » :  les timbres, les quatre claviers manuels …  Vous serez les bienvenus !

back on the road for 2019  (the English version is down below)

I was at Willem Jansen’s concert on Sunday, something that had even recently seemed quite out of the question.  Stringent rules laid down for me when I was discharged from the hospital just one week ago require me to keep my distance and avoid crowds, so I stayed right at the back of the church, far from my usual position opposite the organ in the (very short) transept.  That is how I can advise you to avoid the seats against the left-hand wall of the nave, where the higher frequencies (and, consequently, the « consonants » in the musical « discourse ») are stifled.  A move to the center of the nave gave excellent results.  Take note !

But you are wanting to know about Willem Jansen’s concert, « Johann Sebastian Bach conversing with his French colleagues ».  Bach loved French music.  (The well-known story which illustrates his intense desire to know what the greatest composers of his time were writing, tells how the boy, brought up by his (strict) elder brother Johann Christoph after the death of his parents, would get up silently at night and stealthily contrive to roll up a forbidden score to get it past the iron grid where it was safely ( ! ) locked away :  copying this score took him six months …  (Very little music was published in the late 17th Century and copying was standard practice.)

Willem Jansen’s reputation as professor as well as performer is international :  he had chosen pieces by Eustach Du Caurroy (on « Une jeune fillette ») and Bach (on the same theme, used as a Lutheran choral « Von Gott will ich nicht lassen ») and then, in alternation (« ping pong », as the titular organist Guillaume Prieur aptly described it in his brief presentation of the programme), pieces by Grigny and Bach.  Performing such a programme, devoid of « easy effects », was both an invitation and a compliment to the Charolles concert-goers.

Beginning with the unassuming but beautiful Bourdon 8 + Tremblant, the registration was also a striking example of modesty.  As the programme gradually unfolded, so did the choice of stops …

Would some of those present have preferred the sort of programme often handed out by recitalists ? (Frequent recourse to showy but shallow virtuosity and to powerful registration …)  For my part I was overjoyed with this modest approach.  The virtuosity was there (in the Grigny for example), but « invisible », and the Plein Jeu and the Grand Jeu were sparingly used.  A magnificent lesson for all those tempted to use music to exhibit their own performing skills !

Now that we are back on the road, we are looking forward to our next concert (12th May, « National Organ Day » here) :  Guillaume Prieur will play and present « Repertory for the Charolles organ ». Titelouze and other composers of course, but « not just » :  the various stops and their voicing, the use of the four manual keyboards …   You’ll be welcome !