inexpressif ?

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lacking emotion ?  (the English version is down below)

La « musique baroque » (une expression des plus vagues :  de plus en plus de mélomanes s’en rendent d’ailleurs compte) garde malheureusement une réputation de douceur harmonieuse, lénifiante, décorative …  Des dentelles, des teintes pastel, des bergeries …  Heureusement, pensent-ils, le tsunami du Romantisme allait bientôt nous apporter de véritables émotions, il était temps !  Et l’orgue, disent-ils encore, avec ses sons droits, était bien sûr incapable d’exprimer la moindre émotion – en attendant avant l’heureuse invention de la boîte expressive (permettant des (de)crescendi).  Fort logique, tout cela !

Mais commençons au début …  L’un des événements annuels très aimés organisés depuis 2006 par les Amis de l’Orgue de Charolles est le concert « Carte blanche à … » qui présente des étudiants en cycle de spécialisation du CNSMD de Lyon.  C’est une excellente façon de promouvoir l’orgue dans un contexte pédagogique (l’un de nos objectifs statutaires) et de donner un coup de pouce à ces futurs grands professionnels.  Pour le public, c’est l’occasion d’entendre de jeunes musiciens dont le niveau technique et musical est déjà étonnant, et dont l’enthousiasme n’a pas encore été entamé par la dureté qui caractérise parfois le monde professionnel.

La version 2019 nous présentait la « Camerata Chromatica » sous la direction de Benjamin Delale :  deux voix, trois flûtes à bec Renaissance et une basse de viole en alternance avec notre orgue. 

Benjamin Delale, directeur artistique  de la Camerata Chromatica, en concert à Charolles le 16.06.2019

Le choix du nom de leur ensemble n’est pas anodin :  les œuvres du programme étaient toutes des exemples excellents de l’emploi du chromatisme caractérisant ces compositeurs des XVIe et XVIIe siècles (tous italiens, sauf le grec Athenaeus du IIe siècle, et Sweelinck).

Car le chromatisme (pardon, vous tous qui en savez bien plus long que moi !) n’est pas seulement une figure mélodique avançant par demi-tons et qui exprime puissamment la difficulté et l’effort dans sa forme montante et le découragement, la tristesse et la douleur en descendant.  Lorsqu’il est joué d’une façon « historiquement informée » (c’est-à-dire avec des instruments appropriés accordés d’une manière appropriée), il fait alterner des accords « justes » (amples et détendus) utilisant des intervalles acoustiquement purs, et d’autres « tendus » (malsonnants et durs) dans lesquels s’est accumulé toute la fausseté inévitable a été accumulée.  (Un peu comme si on balaye la poussière sous un coin de tapis !)  (La raison en est que si l’on divise une octave en 12 demi-tons égaux comme dans l’accord moderne du « tempérament égal », rien du tout ne peut être vraiment juste à part l’octave lui-même.  Quelque chose doit être faux quelque part et la grande question au cours des siècles a été :  comment gérer cet état des choses ?)

La « Camerata Chromatica » avant choisi quelques-unes des œuvres les plus extrêmes que j’aie jamais entendues (et certains compositeurs dont j’ignorais l’existence !).  les Amis de l'Orgue de Charolles - concert "Carte blanche à ..." du 16.06.2019 par la Camerata Chromatica (ici en répétition)

La répétition m’a fortement impressionnée.  Grâce à l’orgue de Charolles et à son « tempérament inégal », et à la modeste registration italienne judicieusement utilisée par Benjamin Delale, le contraste entre les accords « beaux » et les « tendus » était éclatant :  précisément ce que visaient les compositeurs de cette époque.  S’y ajoutaient quelques « fausses notes » bien écrites dans la partition …  « Fichtre !  me suis-je dit.  Il faudra que je prévienne le public ! »

C’est pourquoi, en comparant ces œuvres au vin jaune du Jura si prisé des connaisseurs, j’ai dit au public, « Ce que vous allez entendre, vous ne vous y attendez sans doute pas.  Vous ne l’aimerez peut-être pas tout d’abord !  Vous vous demanderez peut-être si ce n’est pas de la musique contemporaine …  Mais accrochez-vous !  Vous allez découvrir tout un monde nouveau d’expression musicale. »

C’est bien ce qu’ils ont fait !

Nos grands remerciements à la brillante « Camerata Chromatica » et à son directeur musical+organiste Benjamin Delale.  Ils sont techniquement sans faute, leur  rapport avec le public est excellent (ce n’est pas toujours le cas pour les jeunes musiciens …).  Mais le plus remarquable était leur entière implication dans le présentation de ce champ musical si peu connu encore.  Nous leur souhaitons une belle et passionnante carrière !

les Amis de l'Orgue de Charolles:  la Camerata Chromatica, en concert à Charolles le 16.06.2019
les Amis de l'Orgue de Charolles - concert "Carte blanche à ..." du 16.06.2019 par la Camerata Chromatica.
les Amis de l'Orgue de Charolles - concert "Carte blanche à ..." du 16.06.2019 par la Camerata Chromatica.
les Amis de l'Orgue de Charolles - concert "Carte blanche à ..." du 16.06.2019 par la Camerata Chromatica.
les Amis de l'Orgue de Charolles:  la Camerata Chromatica, en concert à Charolles le 16.06.2019
les Amis de l'Orgue de Charolles - concert "Carte blanche à ..." du 16.06.2019 par la Camerata Chromatica



lacking emotion ? 

« Baroque music » (a vast blanket term as more and more music-lovers are beginning to realize) has not yet been able to shed its image of being soothing, harmonious, sweet, decorative …  Lace, pastel tints, shepherdesses …  Fortunately, many people still think, the Romantic tidal wave was soon to flood us with emotion, the real thing, at last !  And the organ, with its straight tones, was equally unable to convey any sort of emotion until the invention of the swell box which made (de)crescendos possible.  Stands to reason !

But let’s go back to the beginning of my story …  One of the much-loved yearly events organized (since 2006) by the Amis de l’Orgue de Charolles is the concert « Carte blanche à … » which presents graduating students from the CNSMD (National Upper Conservatoire for Music and Danse) in Lyons (the only other one being in Paris).  This is one excellent way of promoting the organ in a pedagogical context (one of our basic objectives), while providing useful experience for the students.  For the audience, it is a great occasion for hearing young players whose technical and musical capacities are already stunning, but whose enthusiasm has not yet been dulled by the bashing it may well receive in a sometimes less than friendly professional environment.

The 2019 version was brought to us by the « Camerata Chromatica » :  two voices, three Renaissance recorders and one bass viol performing alternately with our organ.  The ensemble has not lightly chosen its name : the works chosen were all excellent examples of the intensive use of chromatism made by 16th and 17th Century composers (all Italian, except the Greek Athenaeus, 2th Century BC, and Sweelinck).

Now chromatism is (please excuse me, all of you readers who are far more highly-informed about this than I am !) not only a melodic figure proceeding par semi-tones and which powerfully suggests difficulty and effort in its ascending form and discouragement, grief or pain on the way down.  It also, when played in a historically informed manner (i.e. on appropriate instruments tuned in an appropriate way), causes the harmony to move between « good » or sweet-sounding chords which use acoustically perfect intervals, and « tense » or sour-sounding chords into which the inescapable out-of-tuneness has been accumulated (somewhat akin to sweeping the dust under the carpet to get it out of the way !)  (The basic reason being that if you divide an octave into 12 equal semi-tones as in the modern « equal temperament» tuning, nothing at all apart from the octave itself can be accoustically perfect :  something has to be out-of-tune somewhere and the big question over the centuries has been :  how to go about it ?). 

The « Camerata Chromatica » had chosen some of the most extreme works I have ever heard (and by some composers totally unknown to me !).  As I listened to the rehearsal, I was impressed.  On the Charolles organ, with its unequal temperament, and with the modest « Italian-type » registration wisely chosen by Benjamin Delale, the contrast between the « sweet and beautiful » and « sour and ugly » chords was quite astonishing :  exactly what the composers intended.  Add to this some very obvious « wrong notes » put in by some of the composers …  Wow !  Said I to myself, « I’d better warn the audience in advance. » 

Which is why, comparing this music to « yellow wine » from the Jura mountains (very highly prized indeed by connaisseurs), I told the audience, « This is almost certainly not what you are expecting, and at first you may not enjoy it at all.  You may even think it might be 21st Century music …  But just hang on !  and you’ll discover an entirely new world of musical expression. »


And they did !

Heartfelt thanks to the brilliant « Camerata Chromatica » and their musical director-cum-organist Benjamin Delale.  Their technical level was flawless, their rapport with the audience excellent (some young musicians are a bit shaky on this side of things !).  But best of all was their passionate implication in this as yet scarcely-known area of music.  We wish them an exciting and successful career !

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And they did !

Heartfelt thanks to the brilliant « Camerata Chromatica » and their musical director-cum-organist Benjamin Delale.  Their technical level was flawless, their rapport with the audience excellent (some young musicians are a bit shaky on this side of things !).  But best of all was their passionate implication in this as yet scarcely-known area of music.  We wish them an exciting and successful career !

 

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